Londoners, de Craig Taylor

Pour créer ce livre-chorale, Craig Taylor, un journaliste et écrivain canadien, a passé cinq ans à interviewer plus de 200 Londoniens de tous bords. Ceux qui ont quitté la capitale qu’ils ne supportaient plus, ceux qui en sont tombés amoureux et sont restés, ceux qui s’y sont perdu, ceux qui y ont trouvé l’âme soeur. On y retrouve des pilotes d’avion, traders de la City, réfugiés, chauffeurs de taxi, ingénieurs, touristes, agents immobiliers, infirmières… mais aussi une dominatrice et un apiculteur, un squatter et un conducteur de rickshaw. Comme le résume le titre complet du livre: The Days and Nights of London Now, as Told by Those Who Love It, Hate It, Live It, Left It and Long for It – Londoners.

Taylor est un spécialiste de la parole: son projet précédent l’a vu écouter des conversations glânées tout autour du pays pour sa rubrique le Guardian, One Million Tiny Plays About Britain. Ici, il nous offre une cacophonie d’expériences, “un instantané de la capitale aujourd’hui et maintenant”, avec en exergue une citation de Colorianus de Shakespeare: “What is the city but the people?” (Qu’est-ce qu’une ville à part ses habitants?)

Voici quelques brèves tirées du livre, et traduites en français:

When I came here I was nothing. Still I’m nothing but now I’ve got a personality. I don’t have perfect things, but I’m very very grateful. Here is a place where they give you two wings to go higher than other people. It was worth all the struggle. Farzad [Quand je suis arrivé ici je n’étais rien. Je ne suis toujours rien, mais j’ai une personalité à présent. Je n’ai pas des choses parfaites, mais je suis très reconnaissant. Ici, c’est un endroit où on donne deux ailes pour aller plus haut que les autres. Cela valait la peine de venir.]

Everybody has their own London and they don’t very often move outside it. So I have Hackney and Stoke Newington, Islington and Covent Garden and the West End, which I feel very much are my London. And then I have whaterver parts I’m working in. Anything else is an adventure. Emily [Chacun à sont propre Londres et ils ne déplaceent pas très souvent en dehors. Moi j’ai Hackney et Stoke Newington, Islington et Covent Garden et le West End, qui font tous parties de mon Londres. Et j’ai aussi les quartiers où je travaille. Tout les autres endroits sont une aventure.]

The beauty of London is that we’ve got such a rich heritage of people. My parents were from the south of Ireland before they came here. Friends of mine came from Paris during the war, or some were Jews from Russia who came before the war, and so on and so forth. You can’t help but notice how other people live. You can’t help but listen to what they say on the streets. You see how they adapt their lives to this place – east, west, north, down south, and you’ve got that river in there too, slicing through. That’s what makes London such a great place to live. The only thing that is truly Londonish about London is that it’s all bits and pieces of everybody else. David [La beauté de Londres c’est que nous avons un tel héritage de gens. Mes parents venaient du sud de l’Irlande avant de venir ici. Certains de mes amis sont venus de Paris pendant la guerre, d’autres sont des Juifs de Russie venus avant la guerre, etc etc. Tu ne peux pas t’empêcher de remarquer comment les autres gens vivent. Tu ne peux pas t’empêcher d’écouter ce que les autres gens disent dans la rue. Tu vois comment ils adaptent leurs vies à cet endroit – est, ouest, nord, au sud, et tu as cette rivière au milieu, coupant le tout. Voilà ce qui fait de Londres un endroit génial pour habiter. Le seul truc qui est vraiment Londonien à Londres c’est que c’est plein de petits morceaux de chacun de ses habitants]

Most of the time everything’s grey, the clouds are low, there’s no perspective. London has that sense of being claustrophobic, and there’s a general cynicism, a pessimism, that invades your thoughts. Simon [La plupart du temps tout est gris, les nuages sont bas, il n’y a pas de perspective. London est un peu claustrophobique, et il y un cynisme général, un pessimisme qui envahit vos pensées.}

For me, London’s very anonymous. No onle looks at you twice if you’re a mixed-race couple, whereas if I leave London I get stared at all the time. I feel a sense of freedom here. I’m away from prying eyes and am allowed to get on with my life without any interference. Alina [Pour moi, Londres est très anonyme. Personne ne te regarde de travers si tu fait partie d’un couple mixe, alors que si je quitte Londres on me dévisage sans arrêt. Je me sens libre ici. Je suis loin des regards indiscrets, et j’ai le droit de vivre ma vie sans interférence.]

Being a Londoner, nothing is going to faze you. There’s a complete mix of people here so if you see something weird and outrageous, well… it’s just London. Mistress Absolute [En tant qu’un Londonien, rien ne t’étonnes. Il y a mix complet de gens ici, donc si tu vois quelque chose de bizarre et d’extravagant, eh bien… c’est juste Londres.]

People always say to me, ‘What’s London going to be like when it’s finished.’ I say, well, dead – a finished city is a dead city. The cities that come closest to being finished are places like Milton Keynes or Canberra or central Washington DC. They are the new, heavily planned, single-period cities, and they always have problems because they don’t start out organic. A city like London, which is an amalgam of villages, which has just evolved, is much stronger because it can carry on evolving. Paris had no option but to build Ile-de-France because they couldn’t incorporate large modern buildings in central Paris, not high-rise ones, without ruining what was Paris, this planned Beaux Arts city. London is lucky in the sense that it doesn’t have that. We’re lucky Christopher Wren wasn’t allowed to replan the city after the Great Fire of 1666. If he had, it wouldn’t be a world financial centre today because it would like Paris, it would be fixed, composed, precious. Peter [Les gens me demandent toujours, “Comment sera Londres quand la ville est finie?”. Et je leur dis, morte – une ville achevée est une ville morte. Les villes qui sont les plus ‘finies’ sont des endroits comme Milton Keynes ou Canberra ou Washington DC. Ce sont les nouvelles villes planifiées, datant d’une seule époque, et elles ont toujours des problèmes car elles ne sont pas nées de manière organique. Une ville comme Londres, qui est un amalgame de villages, qui a simplement évolué, est beaucoup plus forte car elle peut just continuer d’évoluer. Paris n’a pas eu d’autre option que de construire l’Ile de France car ils ne pouvaient pas inclure des tours modernes dans la villes sans la ruiner, cette ville planifiée du style Beaux Arts. Londres a de la chance de ne pas avoir ce problème. On a de la chance que Christopher Wren n’aie pas été autorisé à replanifier la ville après le grand incendie de 1666. S’il avait pu, Londres ne serait pas le centre financier qu’elle est aujourd’hui, car elle serait comme Paris, fixe, posée, précieuse.]

Sometimes London reminds of some African cities with colonial architecture that has all been knocked about a bit and nobody has cared for it. London’s a bit like that, like an ex-colonial city itslef, sliding into shabbiness. London looks like a place that used to be something. Davy [Parfois Londres me rappelle ces villes Africaines avec leur architecture coloniale qui tombe un peu en ruine. Londres est un peu comme ça, comme une ex-ville coloniale, qui glisse vers une piètre allure. Londres à l’air d’un endroit qui était quelque chose d’important avant.]

If you’re not willing to put in the effort in this city, don’t come here. This city is about effort. Effort is rewarded, no question. Robert [Si tu n’a pas envie de faire un effort pour vivre dans cette ville, alors ne vient pas ici. Ici tout est question d’effort. Tes efforts sont récompensés, c’est sûr.]

I’ve always enjoyed riding over Waterloo Bridge, especially at night, because looking out across the Thames from Waterloo Bridge is like looking at a gemstone that’s been sawn in half and displayed. All the lights sparkle like gems. It’s like seeing London cut open and exhibiting its gems, riding across that bridge. Dan [J’ai toujours aimé rouler sur Waterloo Bridge, surtout pendant la nuit, parce que regarder la Tamise depuis Waterloo Bridge c’est comme de regarder une pierre précieuse qui aurait été coupée en deux et exposée. Toutes les lumières brilles comme des pierres précieuses. C’est comme de voir Londres coupée en deux et montrant ses bijoux, de rouler sur ce pont.]

Londoners… They are so far up their own arses. All that talk and talk and talk. There’re so far up that it even shows with their football clubs – they can’t help it. It’s in their name. Arsenal. Arse. They’ve got Chelsea too. What’s that got in it? Hell. Crystal Palace? There’s no Crystal Palace though, is there? You can go there and look for it but you’re not going to find a Crystal Palace. Nick [Les Londoniens… Ils sont tellement imbus d’eux mêmes. Ils ont tellement “la tête dans le cul” que ça se voit dans le nom des équipes de foot. Arsenal. Arse (cul). Ils ont Chelsea aussi. Qu’est qu’il y a là dedans. Hell (Enfer). Crystal Palace? Il n’y a pas de Crystal Palace, n’est-ce pas? Tu peux aller là bas le chercher, mais tu vas pas trouver de Crystal Palace.]

London is a vast and lonely place. There is a Londoning process, a hardening that creeps up you. Everyone’s there bcause they’re seaching, aspiring. A very small percentage is actually living the dream. Jo [Londres est un endroit vaste où l’on se sent seul. Il y a un processus de Londonisation, un durcissement qui grimpe en toi. Tout le monde est là parce qu’ils cherchent quelque chose, ils ambitionnent. Seul un très petit pourcentage arrive à transformer leurs rêves en réalité.]

In London, everything feels like it’s on offer. If I can have anything, what is it that I actually want? It changes you. Possibility is the problem, when everything presents an opportunity. Michael [À Londres, on dirait que tout est proposé. Et si je peux avoir tout ce que je vois, qu’est ce que je veux vraiment? Cela vous change. Les possibilités sont un problème, quand tout est une opportunité]

London is like any other kind of addiction, really. You get 5 per cent entertainment out of it, and that makes you suffer through the other 95 per cent of it. Rob [Londres est comme n’importe quelle autre addiction, en fait. Tu en tire 5% d’entertainment, pour lesquelles tu est prêt à souffrir les 95% restant]

I loke the idea of escaping all the nonsense of London, but you know what? My heart and soul are here in the city, really. So I think that’s where I’ll always be. Smartie [J’adore l’idée de m’échapper de Londres et de ses absurdités, mais tu sais quoi? Mon coeur et mon âme sont dans cette ville. Vraiment. Donc je pense que c’est ici que je vais rester à jamais.]

Vous l’avez compris, c’est un livre superbe à lire absolument…

> Londoners, de Craig Taylor, £25 (hardback), £10 (paperback), Granta Books, en vente dans toutes les bonnes librairies… pour le moment disponible en anglais seulement.


Et si vous vous intéressez à la litérature anglaise, sachez que cette maison d’édition publie également le fameux magazine litéraire Granta, fondé à Cambridge en 1889 et aujourd’hui spécialiste de l’écriture contemporaine et découvreur de nombreuses plumes. La dernière édition du magazine, Granta 119: Britain, célèbre l’histoire et le présent du pays, ses paysages et ses habitants à l’aide de nouvelles, poèmes et essais – c’est très bien fait.


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