La personnalité des Tube Lines

Illustration: Alexandra Bucktin


L’autre jour on a appris le nom de la nouvelle ligne de métro de la capitale: la Elizabeth Line. Jusqu’ici connue sous le nom de Crossrail, cette ligne ultra-rapide qui va d’ouest en est sera marquée en violet sur la carte. Tout un programme royal (même si la reine n’a pris le métro que trois fois dans sa vie).

La Lizzie Line, comme on l’a déjà surnommée ici, aura-t-elle une très longue carrière, portera-t-elle de joli chapeaux et accueillera-t-elle les corgis avec plaisir? Ou sera-t-elle un gachis immense d’argent, un symbole d’une organisation désuète? Il faudra attendre son ouverture en 2018 pour le savoir.

En attendant, voici une petite présentation des lignes existantes et de leurs personnalités si différentes (elles ont d’ailleurs toutes des habits variés:


CIRCLE LINE
Née en 1863 (le premier métro au monde), c’est une très vieille grand-mère qui tremblote un peu (d’où les coupures de lumière fréquente), qui tourne en rond (d’où son nom) et qui radote beaucoup (toutes ses stations sont déjà desservies par la District, Hammersmith ou Metropolitan). C’est aussi la plus lente (il faut une environ heure pour faire le tour) de toutes les lignes. Comme elle est très utilisée et surchauffée, je l’évite le plus possible. Dans la plupart des cas, un bus ou une autre ligne ira plus vite.

BAKERLOO LINE
Un gentleman né en 1906, un peu Dr Jekill et Mr Hyde: la fois fin détective bien sapé comme Sherlock et peut-être cruel comme un général en bataille (son nom est composé de Baker Street et Waterloo) lorsque ses trains s’arrêtent à cause d’un signal failure à Oxford Street. Mr Bakerloo est fait de contraste: ses stations sont à la fois sous terre (15) et à l’extérieur (10) dans deux styles différents: art nouveau et arts & crafts. Il fume la pipe et porte un costume en tweed (brun bien sûr).

CENTRAL LINE
Quelqu’un de tout rouge (énervé d’avoir dû laisser passer 3 trains pleins), en sueur et tout coincé comme une sardine entre des centaines d’autres passagers (c’est la plus busy de toutes les lignes londoniennes, avec 260 millions de trajets par an). Je le vois comme un bonhomme au bord de la crise cardiaque, qui s’épuise à atteindre des banlieues très éloignées, et attend impatiemment la relève de la Elizabeth Line qui lui permettra de souffler un peu. Un monsieur à éviter à tout prix à l’heure de pointe…

DISTRICT LINE
Comme sa couleur l’indique, c’est une dame (pas toute jeune, elle est née 1868) qui aime à aller se mettre au vert et se promener dans ses nombreux parcs (Richmond, Wimbledon, Chiswick) à l’ouest. Elle préfère l’air frais, c’est sûr (c’est la seule ligne à traverser la Tamise sur des ponts et non des tunnels). Mais tout ça c’est pour le weekend seulement: elle a aussi un côté très bosseur, reliant le East End ou les travailleurs pauvres londoniens peuvent encore – tout juste – se payer un logement.

METROPOLITAN LINE
Comme sa copine Mme Circle, c’est très vieux monsieur né en 1863. Il a de longs bras (ses stations sont les plus éloignées du centre) et un bon boulot: il porte une cravate magenta et un beau costume, et travaille sûrement à la City (Moorgate, Liverpool Street) et vit dans la banlieue chic du nord-ouest de Londres (Amersham, Chalfont & Latimer) où il a certainement une belle maison et des chevaux dans le pré.

HAMMERSMITH & CITY LINE
Devenue une ligne séparée en 1988, cette jeune fille suit les pas de ses grands-parents Mme Circle et Mr Metropolitan et partage les rails de sa cousine District. Et elle est branchée, reliant les bobos de Ladbroke Grove avec les hipsters de Whitechapel, mais ne va pas très vite du tout. Je dois avouer que je ne la connais pas très bien, je l’ai empruntée peut-être deux fois en 12 ans à Londres (elle a trop de concurrents).

NORTHERN LINE
Né juste avant la guerre en 1937, c’est le goth de l’histoire: non seulement il porte du noir, mais il circule très profond sous terre, passe à Camden et a pour terminus sud la station de Morden (Mordor?). Même à Angel, au nom pourtant si rassurant, il y a une grande soirée goth derrière la station… Méfiez-vous, son côté un peu envoûteur (il nous rend tous confus avec ses deux branches…) fait faire à ses trains et ses passagers des choses bizarres – et il a quand même 4 stations fantômes.

WATERLOO & CITY
Malgré sa jolie couleur d’eau tropicale, Mr WC est un mec qui pue: son surnom, c’est le Drain (les égouts, on comprend tout de suite quand on l’emprunte). Il est utilisé uniquement par les commuters des banlieues sud-ouest qui veulent se rendre à leurs bureaux à la City. Si vous êtes un touriste, éviter et prenez un bateau Thames Clipper, vous verrez du bleu et ça sentira meilleur.

VICTORIA LINE
Régnant sur Londres comme la reine qui lui a donné son nom régnait sur le British Empire, Victoria connecte les gares de Euston, St. Pancras, King’s Cross et Victoria. Efficace, très rapide et entièrement sous terre, on ne peut tout simplement pas s’en passer. Elle a une jolie robe bleue et elle aime se parer de carreaux différents pour chacune de ses stations, une pile de briques à Brixton, un labyrinthe à Warren Street.

PICCADILLY LINE
C’est la ligne à tout faire, surtout quand on est en vacances. Un mec sympa qui t’emmène au musée (South Kensington, Holborn), faire du pédalo (Hyde Park Corner), voir un film (Leicester Square), faire du shopping (Covent Garden)… Et puis quand t’en as marre, il te dit prend ta valise, assied toi, prend un bouquin (c’est loin), et je t’emmène à Heathrow pour un quart du prix du Express. Avec un nom de terminus comme Cockfoster, on est sur de bien rigoler sur la Piccadilly.

JUBILEE LINE
Sa couleur argentée et son nom commémorent le Silver Jubilee de la reine Elizabeth, mais cela me fait plutôt penser à un geek qui aime le métal, les gadgets (les quais sont protégés des voies par des vitres) et les trucs hi-tech (de belles stations à l’architecture ultra-moderne). Le jeune homme qui porte une montre Apple et des baskets nous aide à relier le pouvoir politique (Westminster) au big business (Canary Wharf).

DLR
C’est un mec né dans les années 1980, indépendant (pas besoin de chauffeur!), et de petite taille (les trains ne sont pas très longs). Il tremble d’excitation (le DLR bouge beaucoup entre Bank et Shadwell) en se dirigeant vers les grandes tours de Canary Wharf où il travaille (et rêve de rencontrer son pote de Chicago, le L train, lui aussi aérien). Les weekends il aime aller boire un verre ou manger une glace à Greenwich. Comme il n’a pas gagné au lotto il ne vit pas sur le Isle of Dog mais au bout de la ligne à Lewisham.

OVERGROUND
Le petit dernier de la famille, Mr Over est bien sûr un jeune hipster roux à bonnet portant de grosses lunettes, une chemise à carreau et un casque Beats. Il relie tous les quartiers branchés de la capitale, de Dalston à Shoreditch en passant par New Cross et Peckham, et s’il n’était pas une ligne de métro, il serait un vélo fixie, sans aucun doute. Ceci-dit, il est adoré par tous car sacrément pratique: il relie aussi tous les quartiers de zone 2-3 où les gens habitent…
Et enfin: la Emirates Air Line: une imposteur qui se donne des airs et fait la belle mais n’intéresse personne: ce n’est pas un moyen de transport mais un téléphérique pour touristes…

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