Grayson Perry & le British Museum

Il n’y a vraiment qu’au Royaume-Uni qu’un potier, biker et travesti puisse avoir une carrière aussi fulgurante. Grayson Perry, le potier en question, aime beaucoup se déguiser avec de belles robes roses à froufrous en son alter ego, Claire, et cela au grand amusement de sa femme, psychothérapeute. Mais ne laissez pas ceci vous distraire: Perry est aussi un Royal Artist, le gagnant du Turner Prize 2003, et l’un des artistes contemporains les plus interéssants du pays. Son truc, c’est de fabriquer des poteries et des tapisseries reflétant à la fois ses préoccupations personnelles et le monde d’aujourd’hui.

Perry est en ce moment à l’affiche de nul autre musée que le British Museum, fondé en 1752 et riche de collections de plus de 7 millions d’objets représentant les cultures du monde entier. Je vous conseille vivement de faire d’une pierre deux coups, et d’aller faire un tour à son exposition, The Tomb of the Unknown Craftsman, pour découvrir à la fois l’artiste et le musée.

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Car le principe de cette expo, c’est de laisser Perry choisir parmi les vastes collections du British Museum (dont la plupart ne sortent jamais de leurs entrepôts faute de place) des objets qui lui parlent particulièrement. Pas forcément ceux que les historiens et spécialistes auraient choisis pour leur valeur archéologique, mais plutôt ceux qui sont les plus ‘beaux’ ou les plus mystérieux au regard de l’artiste…  À côté de ces objets l’on peut admirer des oeuvres de Perry inspirées par le musée et ses découvertes.

Du point de vue des trésors du musée, j’ai particulièrement aimé le Boli, un animal tout en courbes du Mali; les sculptures de chiens de traineaux de Sibérie, la carte en cane des Marshall Islands; les esquisses des peintres égyptiens; et les bagues romaines décorées de quiquettes. Du côté de Perry, j’ai beaucoup aimé son pot The Frivolous Now, couvert de mots clés entendus lors d’une soirée passée devant la télé (Botox, phone hacking), le Rosetta Vase (tout jaune) et le I’ve Never Been to Africa, exprimant sa peur et ses préjugés sur l’Afrique, où il n’est jamais allé. Le mieux, c’est quand on s’approche d’une vitrine et que l’on découvre que l’objet qu’on pensait ancien est nouveau, et vice versa.

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Photograph: Antonio Olmos for the Guardian

Perry adore se raconter des histoires, et ce depuis tout petit. Le fil conducteur de son dernier conte, c’est Alan Measles, son nounours, que vous retrouverez sous plusieurs formes dans l’expo. Mais surtout, l’histoire intéressante ici, c’est les parallèles qu’il trouve entre pèlerins et visiteurs, temple et musée, art et sacré, ainsi que la célébration de l’oeuvre du temps, et de tous ces artisans inconnus qui ont créé ces belles choses. Le clou du spectacle c’est son bateau-autel, au centre duquel trône un silex vieux de 250,000. L’outil originel qui a permis la création de toutes les oeuvres contenues dans le British Museum.

> Grayson Perry: The Tomb of the Unknown Crafsman, jusqu’au 19 février, £10 (réservation conseillée), British Museum, Great Russell Street. Métro: Tottenham Court Road, Holborn, Russell Square.

PS: L’expo temporaire est payante, mais le musée, lui, est gratuit (et l’est depuis belle lurette). D’ailleurs les autres grands musées de la capitale sont gratuits aussi – on fêtait hier les dix ans du free entry à plus de 20 musées de Londres, du V&A à la Tate Modern. Une initiative du département de la culture très appréciée du public: en dix ans, le nombre de visiteurs est passé du simple au double.

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