Stephen Lawrence

Tout le monde au Royaume-Uni connaît cette photo de Stephen Lawrence, un grand jeune homme qui adorait les maths, le dessin et la peinture, et qui voulait devenir architecte depuis tout petit. Un rêve coupé court brutalement: Stephen est mort à 19 ans, alors qu’il attendait le bus pour rentrer chez lui à Eltham, dans la banlieue sud-est de la capitale, tué par une bande de jeunes sans neurones et sans avenir.

Ce meurtre – le plus connu de tous les crimes racistes en Angleterre – a eu lieu le 22 avril 1993, et pourtant, c’est bien cette semaine que sa photo a refait surface sur la une de tous les journaux et sites internet britanniques. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’un des plus grands scandales judiciaires et policiers du pays. En effet, il a fallu aux autorités plus de 18 ans pour condamner les meurtriers. Et encore, ils n’ont réussi à emprisonner pour une vingtaine d’années que deux des cinq coupables, Gary Dobson et David Norris.

La raison de tels délais? L’incompétence, la corruption et le racisme de la police londonienne. Ce qui explique pourquoi tout le pays se passionne à présent pour cette affaire (la BBC présente ici les points principaux; Paris Match résume l’affaire en français). En 1996, un premier procès acquitte les meurtriers présumés; en 1997, le Daily Mail accuse publiquement les cinq meurtriers présumés en publiant leurs photos en une (aucun d’entre eux n’ose attaquer le journal en justice). En 1998, l’enquête Macpherson est rendue publique: elle accuse la Metropolitan Police de racisme institutionnel. Après moultes péripéties judiciaires, deux des cinq meurtriers passent enfin devant le juge en 2011 et sont donc reconnus coupables. Les trois autres devraient bientôt les rejoindre… L’opinion générale ici, c’est que les deux meurtriers aurait dû recevoir une peine plus longue, même s’ils étaient mineurs lors des faits.

Tout cela n’aurait pas eu lieu sans la persévérance des parents de Stephen, qui ont lutté toutes ces années contre le système et qui ont réussi à ce que leur fils ne meurre pas en vain, transformant leur tragédie personnelle en un problème de société compris de tous . Comme l’explique le journaliste Mark Easton ici, leur combat et leur dignité ont fait d’eux des héros aux yeux de beaucoup (voir le site de leur fondation).

Aujourd’hui, s’il existe des crétins racistes ici comme partout, la société britannique est bien plus tolérante et ouverte qu’il y a 20 ans – et ce peut-être en partie grâce à la réflexion générale déclenchée par ce meurtre. Tout n’est pas rose pour autant: en 2009, plus de 43,000 personnes (sur 60m d’habitants) ont été attaquées à cause de leur couleur de peau (et beaucoup de victimes avaient la peau blanche, le racisme n’étant pas l’apanage des white british mais aussi des jeunes d’origine pakistanaise ou indienne par exemple). La police non plus n’a toujours pas très bonne réputation ces temps-ci, entre les affaires de corruption et leur mauvaise gestion des émeutes de l’été dernier… déclanchée par le meurtre d’un gangster noir par des policiers.

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