Abram Games et le Jewish Museum, Camden

En ce moment ce trouve au Jewish Museum de Londres une petite exposition formidable sur le grand graphiste Abram Games, auteurs de centaines de posters plus beaux les uns que les autres. Sa devise, “maximum meaning, minimum means” (un maximum de sens, un minimum de moyens) décrit bien le style percutant de ses posters, pour des clients aussi divers que Guinness, l’île de Jersey, le Financial Times, ou le London Transport.

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Issu d’une famille d’immigrés juifs (à l’origine les Gamse, de Lettonie; son père était photographe), il a grandi dans l’East End de Londres, comme beaucoup de ses compatriotes. L’exposition regroupe quelques jolis portraits de famille, ainsi que le – très mauvais – bulletin scolaire du petit Abraham (comme quoi, l’école n’est pas tout dans la vie).

Car le petit Abraham devient grand. Il simplifie son prénom en Abram, commence sa carrière en tant qu’artiste freelance, et gagne de nombreuses commissions par force d’effort et de détermination. Parti de rien, il devient l’illustrateur préféré de très grandes organisations, et produit des posters pour le métro de Londres qui sont toujours parmi les favoris des Londoniens.

Il devient également le seul et unique Official War Poster Artist, participant à l’effort de guerre à coup de crayons bien placés (la Genevoise en moi à tout de suite remarqué que ces crayons étaient par ailleurs des Caran d’Ache – on peut les voir sur la table de son studio reconstitué pour l’expo). Le voici avec son fameux poster de la Blonde Bombshell, retiré car la femme sensée aider à recruter les Anglaises était jugée trop sexy à l’époque:

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J’ai beaucoup aimé apprendre comment il travaillait: méticuleusement, comme le montre son carnet soigné où sont notés toutes ses commandes, mais aussi avec une grande détermination. Après avoir pris l’avis de sa femme et ses enfants, il retravaillait leur idée préférée, la simplifiant jusqu’à la perfection, avant de l’envoyer à son client. Si celui-ci n’aimait pas son poster, il lui était tout simplement conseillé d’aller demander les services d’un autre graphiste.

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Ses deux créations les plus connues sont sans doute le Television Symbol (surnommé les Ailes de Chauve-Souris) pour la BBC (vous pouvez voir ce symbole animé par ici) ainsi que son logo (ci-dessous, à droite) pour le Festival of Britain.

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Enfin, last but not least, Games a dessiné de nombreux posters (souvent gratuitement) pour des causes juives et humanitaires, dont le poignant Freedom from Hunger contre la famine, pour l’ONU, où un enfant squelettique se transforme en epi de blé; et cette calligraphie pour l’Encyclopaedia Judaica:

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Pour en savoir plus vous pouvez également visiter le site d’Abram Games, tenu par ses enfants. Et si vous passez souvent en métro à Stockwell, sachez que les mosaïques bleues sont l’une de ses oeuvres (elles représentent un cygne, le nom d’un pub du coin):

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Je crois qu’une de mes oeuvres préférées est ce vitrail, que l’on trouve dans le musée – qui aurait cru que des médailles militaires pouvaient être aussi jolies?

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Je vous recommande également de visiter les autres étages de ce musée, situé dans une ancienne fabrique de piano à quelques pas du métro – et du marché – de Camden.

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Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la galerie dédiée à l’histoire des Juifs au Royaume-Uni. Une histoire fascinante – on y apprend tout sur les différentes vagues d’immigration juives, et pourquoi ils ont été bannis de l’Angleterre pendant 300 ans; on y rencontre des vendeurs ambulants, des menuisiers et des tailleurs du East End, des baron Rothschild et premier ministre Disraeli; on y voit des objets domestiques (une magnifique maison de poupée moderniste) et des photos d’époque; des souvenirs poignants, comme les petites valises des enfants du Kindertransport. Vous pouvez voir 50 objets significatifs (dont la maison de poupée) par ici.

Il y a aussi une salle sur la religion juive, avec des objets sacrés magnifiques, et surtout une galerie retraçant la vie de Leon Greenman, survivant d’Auschwitz et des marches de la mort qui a consacré tout sa vie à se battre contre le fascisme pour que son histoire ne se reproduise plus.

 

> Designing the 20th Century: Life and Works of Abram Games; jusqu’au 18 Janvier. Jewish Museum London, ouvert dimanche-jeudi 10-17h; vendredi 10-14h; fermé pendant les fêtes juives. Métro: Camden.

 

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