Private Eye


Il n’y a pas d’équivalent exact du Charlie Hebdo en Angleterre, mais il y a un autre magazine qui questionne sans relâche les autorités, quelles qu’elles soit: Private Eye. Vous n’y trouverez pas de dessins provocateurs (d’ailleurs aucun média ici n’a reproduit les caricatures du prophète) mais des informations certainement très shocking sur la corruption de la classe politique, les magouilles de la famille royale, l’hypocrisie des propriétaires des médias et les machinations de grands dirigeants (ça rappelle Le Canard enchainé).

Né dans les années 60, Private Eye est un magazine satirique bimensuel tiré à environ 200,000 exemplaires. C’est donc l’un des magazines d’actualité les plus lu du pays (battu de justesse par le très sérieux The Economist, mais devant The Week). Chaque numéro contient une couverture mixant souvent photo et bulles BD, des pages rapportant les derniers scandales, des petits dessins, et une dernière partie complètement surréelle, avec parodies et blagues plus ou moins fines.

La mise en page n’est certainement pas leur point fort: tout est présenté de manière désuète ou à la manière d’un journal d’étudiant (d’ailleurs à l’origine s’en était un, The Salopian, fondé entre autre par le grand journaliste Paul Foot). On dirait que c’est toujours fait avec des machines à écrire, des ciseaux de la colle, et une presse offset. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, le contenu est de qualité (enfin dans la première partie sérieuse surtout), et provient à la fois des journalistes, des lecteurs et de whistleblowers.

Dans le dernier numéro par exemple, il y a les Rotten Borough Awards, qui récompensent les politiciens les plus pourris (le gagnant: le councillor David Hodge, du Surrey, qui s’est offert une augmentation de 60%, tout en refusant de payer un salaire décent de £7.65 par heure aux employés les moins bien payés du council); un éclairage sur qui sont vraiment les nouveaux Dames and Sirs adoubés par la reine cette année (du beau linge, vraiment); ou comment la famille royale empêche la BBC de diffuser le documentaire Reinventing the Royals

Le rédacteur en chef de Private Eye s’appelle Ian Hislop, il est très drôle, vous l’avez peut-être vu dans l’émission Have I Got New For You.

Private

 

On y trouve beaucoup de in-jokes (blagues d’initiés) et de références et euphémismes obscurs. Il y a aussi des rubriques comme Ad Nauseam, sur les excès du monde de la pub, Street of Shame, sur le journalisme, ou HP Sauce (HP pour houses of parliament) sur les scandales politiques, et des comic strips montrant Ed Milliband en Mr Bean. Private Eye adore surtout renommer les choses: The Telegraph devient le Torygraph (tory c’est à dire Conservateur), la Serious Fraud Office devient la Serious Farce Office, la boite de sous-traitance Capita devient Crapita, et le Department for Transport (Dft) devient Daft (idiot). Cerise sur le gâteau: un mot croisé cryptique dont les réponses sont plus vulgaires les unes que les autres.

 

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