One pound fish, very very cheap

Peut-être avez-vous entendu l’histoire de Muhammad Shahid Nazir et de son One Pound Fish? Inventée pour attirer l’attention des passants sur son stand de poisson du Queen’s Market, à Upton Park dans la banlieue de Londres, cette chanson est devenue culte grâce à une vidéo prise par un de ses fans et devenue sensation internet. Résultat: le Pakistanais est devenu une star, est apparu dans l’émission X Factor, et a signé un contrat avec Warner Music.

Il y a même déjà des reprises de son fameux “Come on ladies, come on ladies/ One pound fish/ Have-a, have-a look/ One pound fish/ Very, very good, very, very cheap/ One pound fish/ Six for five pound one pound each…”

C’est une façon de vendre qui disparait petit à petit ici: les vendeurs du marché aux fleurs de Columbia Road hurlent bien des trucs du style “Lavender for a fiver”, mais sans trop de mélodie, et les vendeurs du Evening Standard, qui, il y a quelques années, vendaient le journal en criant “Evening Standard Fiiiiiiii-NAL!” ont disparu maintenant que le quotidien est gratuit. C’est dommage, c’était sympa d’entendre les différents cris, en sortant du métro. Vous pouvez entendre les vendeurs de Columbia Road ici et  le chant d’un vendeur de journal de Whitechapel ici. Pour plus d’enregistrements des sons de la capitale, je vous conseille d’explorer le site web d’où viennent ces deux extraits, l’excellent London Sound Survey.

Mais Londres a en fait une longue tradition de street cries, ou vente à la criée. Au 15ème et 16ème siècle (on le sait grâce au texte London Lickpenny, on pouvait entendre les vendeurs crier sans arrêt dans la rue: “Hot pescods!” (Pois chauds!); “Strabery rype, and chery in the ryse!” (Fraise et cerises mûres!) ou moins tentant: “Hot shepes fete!” (Pied de mouton chauds!). Très populaire à l’époque également, les huîtres, les tourtes et les pommes cuites, en vente à tous les coins de rues.

Le thème de vendeurs de rue – des illustrations des personnages, accompagnées de leur fameux cris, qui variaient de métier en métier et d’individu en individu – a toujours été très populaire, et figurait même sur des jeux de cartes, comme celui-ci datant de 1754:

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Le thème des Cries of London a connu beaucoup de succès avec les peintures de Francis Wheatley, un peintre né à Covent Garden et ayant grandi au milieu des vendeurs de rue. Voici ses vendeurs d’oranges (Sweet China Oranges, Sweet China), maquereau (New Mackerel, New Mackerel) et fraises (Strawberrys, Scarlet Strawberrys) peints entre 1792 et 1795:

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Et de nombreux livres de gravures ont été publiés sur le sujet, comme ce livre de Darton & Harvey, 1803 qui contient entre autre cette illustration d’une vendeuse de cerises: Cherries, threepence a pound!

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Quant aux dessins de London Cries & Public Edifices (1851), de John Leighton, ils plaçaient les personnages typiques devant des bâtiments connus de la ville, comme un réparateur de parapluies devant Somerset House:

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Il y a avait même des versions pour les enfants, avec des vendeurs de pain d’épice (“Hot spice Gingerbread!).

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Au 18ème et 19ème, selon entre autre le texte London Labour d’Henry Mayhew (avec extrait audio sur ce lien), on vendait du poisson (“Two a Groat, and Four for Six Pence Mackarel”), des châtaignes (“Chestnuts all‘ot, a penny a score”) ou du cresson (“Four bunches a penny, water-creases”), mais aussi des bonnets (“Who‘ll buy a bonnet for fourpence?”) et on réparait les ustensils de cuisine (“Have you Brass Pot, Iron Pot, Kettle, Skillet, or a Frying-Pan to mend?”).

Le boucher criait “Buy, buy, buy, buy, buy– bu-u-uy!” et le poissonnier “Buy a pound crab, cheap” – pas si différent de la chanson de Nazir donc… Mais les choses ont quand même bien changé: à l’époque, tout semblait coûter un penny: “Oysters, a penny a lot”; “Penny a bunch turnips” ; “Oranges, 2 a penny”… Ce que je trouve très intéressant, c’est que l’on pouvait aussi acheter des énigmes, des chansons, des devinettes et des blagues aux vendeurs de rue: “Who will buy a new love song? Only a ha’-penny a piece…”

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Horace William Petherick, The London Characters

En 1711, Joseph Addison écrit au Spectator  pour se plaindre de ces vendeurs de rues si bruyants: “Milk is generally sold in a note above high E, and in sounds so exceedingly shrill that it often sets our teeth an edge.” (Le lait est généralement vendu une note au dessus d’un mi aigu, et d’un son si perçant qu’il fait grincer des dents). À l’époque il y a aussi de drôles de chansons, comme celle-ci du réparateur de chaises: “Chairs to mend, old chairs to mend, Rush or cane bottomed chairs to mend, If I had the money that I could spend, I never would cry old chairs to mend, Rush or cane bottomed chairs to mend, chairs to mend old chairs to mend”

Dans les années 1900s, on rapporte que les vendeurs d’un marché de l’Isle of Dogs chantaient: “I’ll take any price yeh like, price yeh like! Comerlong, comerlong, Ma! This is the shop that does the biz. Buy-buy-buy-uy!”

Bref, le One Pound Fish man n’est ni le premier, ni le dernier à chanter pour vendre ses produits!

> Écoutez une oeuvre audio diffusée l’été dernier sur Millennium Bridge pendant les Jeux Olympiques, Tales from The Bridge, de Martyn Ware et Mario Petrucci. La ‘sonic experience’, retraçant l’histoire de la ville en un poème, est en écoute libre ici. À 47.30, vous pouvez entendre des cris de Billingsgate Market, “All alive! alive! alive, oh!” “Wink, wink, winketty wink, wink!”…

> L’auteur du génial Spitalfield Life est un grand amateur de street cries, il en a récolté une pelletée, des illustrations plus belles les unes que les autres. Vous voyez bien que c’était une histoire très populaire, ces London Street Cries: London Characters; Faulkner’s Street Cries; William Craig Marshall’s Itinerant Traders; London Melodies; Henry Mayhew’s Street Traders; H.W.Petherick’s London Characters; Aunt Busy Bee’s New London Cries; Marcellus Laroon’s Cries of London; John Player’s Cries of London;  Francis Wheatley’s Cries of London; John Thomas Smith’s Vagabondiana of 1817; Victorian Tradesmen Scraps; Cries of London Scraps

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