Aye or Noe?

L’union fait-elle vraiment la force? C’est ce qu’on va voir le 18 Septembre, lorsque les 4 millions d’électeurs Écossais vont devoir répondre à la question du Scottish Referendum: “Should Scotland be an independent country?” Il y a quelques mois, personne ne pensait que l’Écosse quitterait le Royaume-Uni. Mais aujourd’hui, l’un des sondages les plus récents montre que tout est possible: 47% d’Écossais souhaiteraient l’indépendance de leur pays. Résultat… c’est la panique à Westminster: Cameron, qui est détesté en Écosse, avait jusque là évité de s’y rendre de peur d’attirer plus de gens dans le camp du oui, va y faire une visite de dernière minute qui risque de ne pas être très concluante…


Comment on est-on arrivé là?

L’Écosse a toujours eu des relations difficiles avec ses voisins du sud, depuis le fameux mur d’Hadrien construit par les Romains pour se protéger des “barbares” du nord. Il y eu ensuite de nombreuses guerres et fameuses batailles entre British et Scottish, comme celle de Bannockburn (1314, dont on fête cette année le 700ème anniversaire) gagnée par les clans Écossais (cf Braveheart).

Mais depuis 1603, les deux pays partagent le même roi, et depuis 1707, font partie de la même union politique. Union survenue après une énorme crise financière provoquée par le Darien scheme: les Écossais ont ensuite fait “un pacte avec le diable” selon certains, leurs Lords et membres du parlement corrompus votant oui au Act of Union en échange de l’or des Anglais, pour éviter la banqueroute. Le peuple écossais, selon tout les rapports de l’époque, était contre cette union. Selon le poète national Robert Burns: “Bought and sold for English gold/Such a parcel of rogues in a nation”.

Cela fait depuis la fin du 19ème siècle que l’on parle de plus de home rule pour les Écossais, mais seulement depuis 1999, grâce au processus de devolution, dont je vous parlais il y a quelques temps, que le pays à son propre parlement. Lorsque le parti du Scottish National Party est parvenu au pouvoir en 2011 avec une majorité écrasante, il a demandé tout de suite le droit d’organiser un référendum. Le premier ministre britannique David Cameron (d’origine écossaise d’ailleurs) a accepté, pensant qu’ils n’avaient aucune chance…

Ce qui est sûr c’est qu’il y a de nombreuses différences évidentes aujourd’hui entre les deux nations, en terme d’accent et de culture, mais aussi tout simplement en terme de géographie: l’Écosse est très peu peuplée, et très rurale comparée à son voisin du sud.

Les arguments pour ou contre


AYE

Slogan: “No one will run the affairs of this country bettter than the people who live in Scotland”

Économie: L’Écosse deviendra l’un des pays les plus riche du monde

Image 5


Politique:
L’indépendance permettrait enfin de ne plus être gouverné par un gouvernement de droite que l’on a pas élu. En effet, l’Écosse qui vote majoritairement à gauche, a vu la destruction de son industrie et l’appauvrissement de ses villes sous les premiers ministres conservateurs comme la détestée Margaret Thatcher (“the greatest of all Scottish nationalists, as she united a nation against her”).

Pétrole: Une Écosse indépendante pourra gérer les revenus des 24 milliards de barrils de pétrole qui lui reste à exploiter pour créer un fond comme celui de la Norvège.

Société: Cela permettra d’instaurer une vraie démocratie sociale (l’Écosse a déjà l’université gratuite et des prescriptions médicales moins chères qu’en Angleterre), de sauver les services publics comme la NHS des coupes budgétaires des Conservateurs, et de diminuer les inégalités et la pauvreté.

Supporters: Sean Connery, Irvine Welsh, The Proclaimers, AL Kennedy, et bien d’autres


NOE


Slogan:
“Better together”

Economie: Les Écossais reçoivent entre 14% et 16% plus d’argent public par tête que les autres Britanniques. L’Écosse a dépensé £12 milliards de plus qu’elle n’a récolté en taxes l’année dernière. L’Écosse ne pourra pas garder la livre, et devra obligatoirement utiliser l’Euro si elle veut faire partie de l’UE. Les économistes et les banques prédisent un désastre.

Politique: L’Écosse perdrait son influence sur son voisin le plus puissant, et son influence sur les problèmes internationaux, et devrait re-postuler pour l’OTAN, l’UE… La devolution max, c’est-à-dire un peu plus de pouvoir mais pas d’indépendance, suffira (et beaucoup disent que si le référendum avait donné le choix entre devo max et indépendance, c’est la première option qui aurait gagné)

Pétrole: Dépendre uniquement des revenus pétroliers exposerait le nouveau pays aux fluctuations du marché, ce serait mettre tous ses oeufs dans le même panier – très risqué.

Société: Pourquoi rajouter une frontière entre deux peuples qui cohabitent en paix depuis plus de 300 ans? Pourquoi se rapetisser alors que le monde n’a jamais été aussi grand?

Supporters: JK Rowling, David Bowie, Alex Ferguson, David Attenborough et bien d’autres
Comme beaucoup l’ont fait remarquer, ce choix n’est pas seulement un choix raisonné mais sentimental, une question d’identité non résolue depuis des siècles. Par contre, il ne s’agit pas d’un repli sur soi ou de chauvinisme: l’Écosse est plutôt pro-UE, et pro-immigration (un système de point comme celui de l’Irlande pour augmenter la population en âge de travailler est prévu en cas d’indépendance). Si pour le moment le Yes a tant de succès, c’est surtout une forme de rejet des politiques du gouvernement, du néo-liberalisme Anglo-Saxon, et une forme de rejet du pouvoir de Westminster, de ses scandales, de la guerre en Irak…

Ce qu’en pensent les Anglais (qui n’ont pas le droit de voter)

Le sujet du référendum est si important que The Sun a abandonné sa fameuse Page 3 girl pour lui consacrer plus de pages, vous pouvez lire une revue de presse de Roy Greenslade par ici. Certains commentateurs, comme Owen Jones et Georges Monbiot, écrivent que le gouvernement actuel n’a que ce qu’il mérite, que le Labour est en danger (puisque de nombreux de ses MP sont Écossais), et qu’un Oui apporterait un peu d’espoir que le changement est possible. D’autres comme Ruth Dudley Edwards ont peur de l’effet que cela aurait sur l’Irlande du Nord par exemple.

Le sentiment général à mon avis est très bien résumé par l’humoriste Charlie Brooker: “Why did you just unfriend and unfollow me, Scotland? What did I ever do to you? What’s that? Sorry, you’ll have to slow down a bit. Can’t understand a word you’re saying. Don’t you come with subtitles?! Ha ha ha! No, seriously, come back. Scotland? Scotland?”


Ce qui va se passer ensuite

Le site de la BBC Scotland Decides suit en détail l’affaire. Si le Aye l’emporte, Salmond a suggéré que Independence Day aura lieu en mars 2016, et que des élections pour le nouveau parlement écossais auront lieu en mai. Si le non l’emporte, il y aura un phénomène de devolution encore plus fort, Cameron perdra du pied politiquement, et le Labour aura du souci à se faire puisqu’il perdra de nombreux MPs…

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