Banksy

Après Lascaux, les graffiti de Pompéi et les wagons New Yorkais plein de tags, le monde des graffiti s’est trouvé un nouveau élan grâce à Banksy. Au cas où vous n’auriez pas encore entendu parler de lui (!), Banksy est le nom de scène d’un artiste Britannique (probablement basé à Bristol et à Londres) qui préfère rester anonyme et a malgré tout réussi à faire connaître – et accepter par Mr and Mrs Tout-le-Monde – le street art comme forme d’art contemporain.

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Ses œuvres sont maintenant bien souvent protégées par des panneaux en plexiglas, et font doubler le prix des maisons sur lesquelles elles sont installées. Comme Blek le Rat, Banksy utilise souvent des pochoirs pour créer ses œuvres. Parce qu’il est un peu nul avec les bombes de peinture, et que les pochoirs permettent de faire des graffiti très détaillés en très peu de temps – donc moins de chance de se faire coincer par les cops ou les soldats Israéliens (Banksy fut le premier à réaliser que le mur construit par Israël, à défaut d’être légal, était un très bon support).

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Son film, Exit through the Gift Shop, suit un Frenchie totalement fou, et montre des artistes comme Shephard Fairey (l’auteur du fameux poster d’Obama) et Space Invaders en pleine action. Il montre surtout comment le street art s’est tout un coup trouvé super coté dans les marchés de l’art traditionnels, en partie grâce à une expo de Banksy à Los Angeles. Inspiré par l’expression ‘an elephant in the room’ (un problème important dont tout le monde est conscient, mais qui n’est pas discuté), il a exposé un vrai éléphant au milieu de la galerie. Toutes les stars d’Hollywood ont accouru, les prix se sont envolés. Le documentaire est à voir pour les interviews, qui montrent l’esprit originel du mouvement street art.

Mais de Banksy, vous n’entendrez que la voix: il est malin et souhaite rester incognito, pour pouvoir continuer de vivre et taguer normalement (le graffiti étant une activité toujours illégale). Nombreux sont ceux qui ont essayé de le démasquer. Son vrai nom serait Robin Gunningham, un artiste né près de Bristol en 1973, mais est-ce vraiment important? Dans une interview ancienne, il dit avoir commencé à taguer à 14 ans, s’être fait exclure de l’école et avoir été en prison. Si vous aviez eu la chance d’aller à Dismaland, son ‘bemusement park’ se moquant de Disneyland et ouvert temporairement à Weston-super-Mare près de Bristol en 2015, vous l’auriez peut-être croisé (on dit qu’il aurait aidé l’équipe de sécurité pour quelques heures).

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Malgré son succès inattendu (il n’est pas du genre à faire des plans de carrière), Banksy ne se prend pas trop au sérieux et continue à faire de bonnes blagues. Sur la couverture de son livre, Wall and Piece, il y a une citation très typique de son style. Elle vient de l’attaché de presse de la police londonienne, qui dit: ‘There’s no way you’re going to get a quote from us to use on your book cover.’ (Il n’y a pas moyen qu’on vous donne une citation pour mettre sur la couverture de votre livre)

Il continue à poser très clairement la question: qu’est-ce que l’art, et à quoi ça sert? L’art dans les musées, l’art sur les murs, l’art sous nos pieds, l’art dans nos portemonnaies. Il a fabriqué des billets de 10 pounds avec Lady Di à la place de la reine (ils étaient si réalistes qu’il ne sait plus quoi en faire de peur de se faire pincer pour faux-monnayage); placé une fausse gravure préhistorique au British Museum (elle est restée 8 jours sur place avant qu’un responsable ne la remarque); installé un insecte armé jusqu’au ailes (appelé Withus Oragainstus, United States) au Natural History Museum de New York (resté 12 jours); ou bien encore démonté une cabine de téléphone pour faire croire qu’elle avait été tuée par une hache.

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Ses installations dialoguent souvent avec l’endroit où elles sont installées. Comme il dit, “Mindless vandalism can take a bit of thought” (Le vandalisme irréfléchi peut demander un peu de réflexion). Il aime aussi beaucoup les petits rats, mais il ne faut pas vraiment y voir trop de symbolisme. “I’d been painting rats for three years before someone said that’s clever its an anagram of art and I had to pretend I’d known that all along.” (Je peignais des rats depuis trois ans avant que quelqu’un me fasse la remarque que c’était très intelligent, c’est un anagramme d’art, et j’ai dû faire semblant que je savais ça depuis le début et que j’avais fait exprès).

Ces dernières années, ses commentaires graphiques et acérés sont apparus sur de nombreux murs stratégiques, touchant en plein coeur LE sujet de conversation du moment: un enfant sous de la neige/cendre, dans la ville la plus polluée du UK, Port Talbot; un ouvrier enlevant une étoile du drapeau européen, à Douvre, en plein Brexit; un portrait de Steve Jobs, fils d’immigré syrien, dans la Jungle de Calais…

Banksy a aussi fait parler de lui dans les salles de ventes, avec son fameux Balloon Girl (vous pouvez voir son Director’s Cut ici), autodétruit en direct en Octobre 2018, dans une vente aux enchères à Sotheby’s. Décrit comme “la plus grande farce de l’histoire de l’art”, le tableau vaut une fois détruit 50% de plus qu’à l’origine (£2 millions!) car, selon Sothebys: “Banksy didn’t destroy an artwork in the auction, he created one. It is the first artwork in history to have been created live during an auction.” En Octobre dernier, son Devolved Parliament, ou les singes de Westminster, s’est vendu pour £9.9 millions. “Shame I didn’t still own it”, a dit l’artiste.

C’est toujours un plaisir de tomber sur une de ses interventions, que ce soit un faux tableau dans un musée ou un pochoir tout frais sur un mur de Londres. Trop tard pour pouvoir acheter une de ses oeuvres dans son magasin Gross Domestic Product, ouvert il y a quelques semaines pour une histoire de copyright, mais si vous voulez voir un Banksy, il suffit de se balader à Bristol (voir mon prochain billet!) ou à Londres, et de garder les yeux bien ouverts. Seules les images publiées sur son compte Instagram sont des vrais Banksy.

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  1. Pingback: Bristol | LONDRES CALLING

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