New weird

Jour 78 – même s’il faut “Stay Alert” plutôt que de “Stay Home” (?1?!!!), pour beaucoup le lockdown continue avec les enfants à la maison et le travail mis en pause. Tout le monde s’occupe comme il peut, certains en réecrivant des classiques de leur enfance style quarantine, en regardant des videos de sudoku (!) ou en jouant au croquet (hausse des ventes de 600% dans les grands magasins), d’autres en traquant les innombrables erreurs du gouvernement (c’est affligeant, et ce n’est pas fini). Moi, je me distrais en me replongeant dans mes livres de science-fiction – y compris ceux (en général des tomes bien maousses) du romancier britannique China Miéville.

Car quoi de mieux pour échapper au new normal que le New Weird? Ce genre littéraire mixant science-fiction et fantasy s’est fait connaître du grand public en 2000 avec la publication de Perdido Street Station, de China Miéville. Avec son look reconnaissable entre mille, Miéville pourrait lui-même être tout droit sorti d’un de ses romans, où se côtoient humains, hommes-cactus et êtres à tête scarabée dans des mégalopoles bruyantes pleine de magie et de technologie steampunk.

Bon si vous n’êtes pas fans de ce genre d’univers, ou que vous ne voulez pas être traumatisé par des mites géantes et autres moustiques affamées, passez votre chemin. Si, comme Miéville, vous étiez fan de Dungeons & Dragons quand vous étiez petit, et bien qu’attendez-vous? Vous pouvez aller vous promener dans le monde de Bas-Lag et rentrer à la maison pour dîner. Miéville a quand même reçu pas moins de trois fois le prestigieux Prix Arthur C Clarke, un record, et ses romans sont des page-turners mélant brillamment the “ordinarily human as well as the thoroughly alien”. Il est aussi un théoricien marxiste et activiste de gauche, avec une prédilection pour des thèmes comme l’autre, les frontières, les villes, le pouvoir et la corruption, et un talent certain pour les néologismes.

Miéville a un jour expliqué qu’il voulait écrire un roman dans chaque genre littéraire. J’ai beaucoup aimé The Scar, un roman de pirate, et Un-Lun-Dun, un livre “young adult” se passant à “Londres”. Mais celui à ne pas manquer, un exploit d’écriture et d’imagination, c’est je pense The City & the City. Ce roman policier noir est situé dans deux villes qui s’entrecroisent et se devinent dans des réalités superposées. Les habitants de l’une font semblant de ne pas voir ceux de l’autre dans les rares endroits – les zones tramées – où elles font surface ensemble, et Miéville nous entraîne dans ce tout ce bazar avec brio, sans jamais nous faire perdre le fil.

[Illustration: Fei Zhou]

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