Fini le statue quo?

Comme les Français adorent parler de la Résistance plutôt que de se pencher sur les guerres d’Indochine et d’Algérie, les Anglais préfèrent se souvenir des abolitionistes du cru que d’examiner leur rôle dans le commerce triangulaire où les crimes commis dans le monde entier au nom de l’Empire britannique. Pourtant de nombreux pans de l’histoire du pays sont intimement liés à l’esclavage. Des villes entières, comme Bristol – où est tombée la statue d’Edward Colson la semaine dernière – ou Liverpool, ont étés bâties avec les profits du commerce d’êtres humains.

Et ce n’est pas que de l’histoire ancienne: le gouvernement a fini de payer le dédommagement promis aux propriétaires d’esclaves il y a seulement 5 ans. À la Chambre des Lords siègent certains de leur descendants, qui par ailleurs forment 10 à 20% des plus riches anglais. Dans tout le pays, par tradition, ignorance ou apathie, on a laissé sur des piédestaux des hommes qui ne méritent aucunement d’être glorifiés ou célébrés.

Si les lockdowns ont montrés que l’on pouvait changer d’un coup tout notre système, on espère que la pandémie va peut-être permettre une énorme remise à zéro de nos sociétés dans tout les domaines. Et pourquoi ne pas commencer par renouveller nos statues, pour qu’elles correspondent aux valeurs et aux héro-ïne-s d’aujourd’hui?

Certains pensent que plus de 60 statues et noms de rues qui mériteraient d’être changés. Le mouvement Extinction Rebellion en propose d’autres. Les maires de nombreuses villes – dont Sadiq Khan à Londres – ont déjà annoncé études et commissions pour étudier ces statues de plus près. Mais on en a tellement, par où commencer? Et par qui les remplacer? Va-t-on mettre Churchill, Gandhi et même l’Amiral Nelson au placard?

Prenez la statue d’Edward Colson. Cela fait des années que les Bristoliens demandaient sa disparition, démocratiquement. L’esclavagiste a transporté 84,000 personnes, toutes marquées au fer du logo de son entreprise, la Royal African Company; environ 19,000 sont morts durant le Passage (il y a donc une certaine justice à ce que la statue aie fini noyée). Sa statue célèbre son philanthropisme et ses bonnes actions pour la ville de Bristol, mais comme l’explique un habitant: “But it doesn’t excuse the evil of his original acts. It’s like mugging a grandmother and giving half the money to charity.”

De nombreux historiens, dont le Bristolien David Olusoga (spécialiste ès Black British history et auteur entre autre de l’excellente séries A House Through Time), pensent que la place de ces statues est dans un musée, où elles peuvent être mises en contexte. Banksy, autre Bristolien, propose de la réinstaller – avec des statues des protestataires la renversant.

Comme l’explique David Olusoga: “We do need to rethink who is memorialised in our public spaces. Bristol is a better city without Edward Colston. But statues are a sympton of the problem, not the problem itself. The real conversation has to be about racism and how we confront it.”

Car la société britannique, toute multiculturelle et communautariste qu’elle soit, n’en n’est pas moins institutionnellement raciste, comme de nombreux scandales et rapports l’ont démontré. De Windrush au travailleurs NHS, du système judiciaire exposé par le Lammy review aux dérives de la police de Londres au Pays de Galles, les BAME (Black, Asian & Minority Ethnic) souffrent sur tous les bords d’une société inégale. En terme de COVID, ce n’est pas mieux: ils ont plus de chance de mourir du virus, et de se faire mettre une amande pour ne pas avoir respecté le Lockdown. Et cela sans parler de la négligence d’état pour ses minorités, qui elle aussi peut être mortelle, comme dans le cas de la Grenfell Tower.

Quoi qu’il en soit le pays semble se mobiliser et se trouver de nouveaux héros, comme Patrick Huchinson, et surtout s’éduquer à vitesse grand V: au top des ventes de livres sont Girl, Women, Other, de Bernardine Evaristo (la première femme de couleur numéro un), et Why I’m no longer talking to White People About Race de Reni Eddo-Lodge, première femme britannique noire au top des livres de non-fiction. Comme d’habitude, il n’y a que le gouvernement de Westminster qui ne semble pas comprendre l’enjeu, préférant se focaliser sur la statue de Churchill plutôt que sur le racisme qui contamine le pays et ses institutions.

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