Margaret Thatcher

Aujourd’hui ont lieu – sous très haute sécurité – les funérailles de Margaret Thatcher, la fille d’épicier de Grantham qui est devenue la première première ministre femme du pays. Le personnage est considéré par les média ici, en un mot, comme divisive (qui divise l’opinion). Le bloggeur londonien Diamond Geezer a très bien résumé la situation ici – c’est un peu comme la Marmite, you either love it or hate it. Et je dirais que la grande majorité des Britanniques ne la porte pas dans leur coeur. Pendant que certains veulent rebaptiser Heathrow Airport en son honneur, et ouvrir un musée dédié à la Iron Lady, d’autres ont attendu sa mort pendant des années (comme ce site web) et ont célébré l’annonce de son décès en sabrant le champagne sur Trafalgar Square et en faisant un hit de la vieille chanson ‘Ding Dong! the Witch is Dead‘.

Mais qui était donc cette fameuse Mrs T?

 

1. Maggie avait de drôles d’amis…

Apparemment, il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Je ne vais pas me priver de le faire, car Maggie était entouré d’une foule de gens vraiment hors du commun. Elle adorait Rupert Murdoch, le président de News International (derrière le scandale des écoutes téléphoniques) qui lui a fait gagner quelques élections. Elle était aussi très pote avec Jimmy Savile, le présentateur vedette démasqué après sa mort comme l’un des pire pédophiles de l’époque (il est venu fêter nouvel an chaque année pendant 11 ans avec Maggie). Mais le plus beau c’est quand même ses alliés politiques étrangers: elle buvait le thé avec le dictateur Pinochet, refusait de sanctionner le régime apartheid en Afrique du Sud, et a même supporté les Khmers Rouges au Cambodge et Saddam Hussein contre l’Iran. Bref, vous l’avez compris, comme son best friend Ronald Reagan, Maggie avait un faible pour les dictateurs, de Mubarak à Suharto


2. … et s’est fait beaucoup d’ennemis

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Maggie était une star de Spitting Image, l’ancêtre des Guignols…

• les mineurs qui avait humilié son prédécesseur Edward Heath s’en sont pris plein la gueule. Ils ont fait la grève et ont perdu (leurs familles étaient au bord de la famine); on en a même fait une scène de Billy Elliot

• Maggie aimait les syndicats mais seulement quand ils étaient en Pologne (Lech Walesa). Au Royaume-Uni, elle les a écrasés, et ils ne s’en sont toujours pas vraiment remis.

• les docteurs et infirmiers; les profs et les élèves: pendant son ‘règne’, le manque d’investissement dans les services publiques se voyait très vite dans les écoles, où parfois le chauffage n’était allumé qu’une heure par jour, les livres tombaient en miette, et on utilisait du scotch pour réparer tout ce qui se cassait… Glenda Jackson s’est souvenue de tout ça dans un discours très remarqué. Ayant supprimé le verre de lait gratuit pour les écoliers, Maggie s’est aussi vue surnommée le Milk Snatcher…

• certains Irlandais (une bombe de l’IRA a failli la tuer à Brighton)

• les Liverpuldiens: à cause de la façon dont le Hillborough disaster a été géré, et bien sûr la fermeture des docks de la ville, l’une des plus touchées par le Thatchérisme, dont la stratégie pour Liverpool était celle du ‘managed decline‘. En gros la laisser mourir… Pas surprenant que thatcher soit un gros mot pour beaucoup de Scousers.

• à l’étranger, les Argentins (cf la Guerre des Falklands) et les Chiliens (cf son ami Pinochet)

• et last but not least, son propre parti, les Conservateurs, qui l’ont quand même foutue dehors.

 

3. Maggie était une femme extraordinaire…

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À 26 ans, la plus jeune candidate conservatrice à l’élection générale de 1951

Fille d’épicier de Grantham, elle est née en 1925, sept ans après que les femmes aient gagné le droit de vote. Elle a étudié la chimie à Oxford, à une époque où très peu de femmes allaient à l’université (c’était aussi la première de sa famille à aller à l’uni), et a travaillé comme scientifique à une époque où il y avaient très peu de femmes dans les labos. Elle fut choisie comme candidate du parti Conservateur en 1951, à seulement 25 ans – cela serait remarquable même en 2013. Elle est devenue avocate en 1953, quatre mois après avoir accouché de jumeaux. Mère de deux jeunes enfants, elle s’est battue pour gagner des sièges tenu par la gauche pendant trois élections, avant de gagner un siège facile, à Finchley dans le nord de Londres, en 1959. Elle a ensuite gagné chaque élection générale à laquelle elle s’est présentée… (en partie grâce à la gauche divisée)
4…. mais pas une féministe

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Maggie adorait poser dans sa cuisine, et préparait un petit déj chaud pour son mari Denis – qui l’adorait – tout les matins (et elle dormait seulement quatre par nuit, apparemment). Mais ses enfants Carole et Mark (un drôle de zigoto celui-là) ont beaucoup souffert de ne pas la voir très souvent…

Même si Maggie n’avait pas haute opinion des hommes (“If you want something said, ask a man; if you want something done, ask a woman” disait-elle), elle n’était pas une feministe: “I owe nothing to women’s lib” a-t-elle déclaré (sa motivation venait sans doute de son père, qui, n’ayant pas de fils a mis toutes ses ambitions dans sa fille). De toute façon, en tant que femme d’état avec un mari millionnaire, ses préoccupations étaient bien loin de celles des femmes Britanniques ordinaires. Et en politique ce n’était pas mieux: en 11 ans au pouvoir, elle n’a engagé qu’une seule femme, Lady Young, dans son cabinet.

Elle qui n’est jamais entrée dans un bar ou un pub toute seule, mais toujours accompagnée par un homme, était carrément accro au whisky, comme un vrai homme politique… Pour réussir, on a l’impression qu’elle est devenue plus dure, plus forte, plus autoritaire que les hommes. Et a même changé sa voix et sa diction (trop haute) pour se faire respecter.

5. Maggie était une power dresser

Star du power dressing, Maggie ne portait presque jamais de pantalon, mais un uniforme de jupe bleue, collier en perles ou chemise avec pussycat bow, et son fameux Asprey handbag (on n’aurait pas dit que les Swinging Sixties avaient eu lieu).

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6. Maggie ne s’appelait pas la dame de fer pour rien

Selon Mitterrand, Maggie avec ‘la bouche de Marilyn et les yeux de Caligula.’ Un regard dur, et sans concession: Maggie avait la réputation d’être inflexible, insensible et sans tact, et le surnom de Iron Lady, inventé par un journal soviétique, lui allait comme un gant. C’était aussi quelqu’un avec un grand respect pour les lois: elle disait qu’elle avait appris avec son père, méthodiste, les lois de Dieu; à Oxford, les lois de la nature; au barreau, les lois des hommes.

Contrairement à beaucoup de politiciens, Maggie n’en avait rien à fiche de ce que les autres pensaient, les sondages ne lui faisaient ni chaud ni froid, et une fois qu’elle avait pris une décision, elle s’y tenait (David Cameron devrait peut-être apprendre deux-trois trucs de son prédécesseur). Elle a résumé ceci avec une fameuse réplique: the Lady is not for turning. Comme l’explique son biographe, Hugo Young: “I think by far her greatest virtue, in retrospect, is how little she cared if people like her.” (Sa plus grande vertu, et de loin, c’est le peu que lui importait que les gens l’aiment)

 

7. Ses politiques ont marqué le pays à jamais

Comme l’explique cet article du Guardian et ce mini-site très complet de la BBC, Maggie a laissé une empreinte indélébile sur le pays: privatisations (BT, BP, Jaguar, British Steel, etc), déclin du nord de l’Angleterre (fermeture des mines et des usines), sentiment très fort anti-européen; individualisme; droit à la propriété (cause des problèmes immobiliers aujourd’hui) et dérégulation des marchés financiers (et on sait où ça nous a mené) et création de Canary Wharf, donnant un nouvel essor à Londres en tant que place financière. Il faut aussi souligné qu’elle a eu une chance que Cameron n’a pas aujourd’hui, c’est d’être au pouvoir pendant un boom du pétrole (découvert dans la Mer du Nord)….

Pour ses détracteurs, pendant ses 11 ans au pouvoir, le chômage augmenté à un niveau pas vu depuis la Grande Dépression des années trente; le pays est devenu plus inégalitaire; et une certaine idée de communauté, de société a laissé place à l’individualisme et l’égoïsme. Pour ses fans, elle a dépoussiéré une économie restée coincée dans le passé, libéré l’état du chantage des syndicats et enclenché une série de changements nécessaires au succès du pays, et même aidé à résoudre le conflit en Irlande du Nord. Je vous l’avais dit, c’est une dame très ‘divisive’…

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