Votes for Women

Savez-vous jusqu’où les courageuses Anglaises ont été pour obtenir le droit de vote ? Elles sont devenues non seulement manifestantes et pamphlétaires, mais aussi terroristes, lanceuses de bombes et casseuses de vitrines. Les premières, respectueuses de la loi, se nommaient les Suffragistes, et les autres, prêtes à tout, c’était les fameuses Suffragettes (ou comme les appelait l’écrivain Arthur Conan Doyle, les ‘female hooligans’).

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Lady Emmeline Pethick-Lawrence adressant la foule à Trafalguar Square en 1908

C’est en partie grâce à ces militantes qu’il y a 100 ans, en février 1918, les femmes obtenaient le droit de vote au Royaume-Uni. Enfin pas toutes les femmes: seulement celles de plus de 30 ans, propriétaires de bien immobilier, ou diplômées votant dans une circonscription où il se trouve une université. Pour les autres il a fallu attendre le suffrage universel, en 1928. (Et quant aux Françaises… elles ont du attendre jusqu’en 1944.)

C’est le résultat d’une campagne de plus d’un siècle : d’abord, en 1792, Mary Wollstonecraft publie le texte fondateur qu’est A Vindication of the Rights of Woman, dans lequel elle avance que les femmes sont douées de raison, ont droit à l’éducation, et à tous les mêmes droits que les hommes.

Puis rien, jusqu’en 1832, lorsque le député Henry Hunt présente sans succès la pétition d’une certaine Mary Smith, du Yorkshire, qui dit qu’elle paye ses impôts et obéi à la loi, et ne voit pas pourquoi elle n’aurait pas le droit de voter en retour. On lui rit au nez. D’autres essais du philosophe John Stewart Mill dans les années 1860 sont accueilli avec le même ridicule.

Mais lorsqu’au début du siècle des pays comme la Nouvelle Zélande, la Norvège et la Finlande donnent le droit de vote aux femmes, le mouvement reprend de l’importance, et cette fois, les militantes sont d’attaque. Menées par la féministe Millicent Fawcett (qui aura droit à sa statue sur Trafalguar Square en avril), les Suffragistes recrutent environ 50,000 membres (y compris de nombreux hommes) à coup de manifestions, publications et lettres aux hommes politiques.

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Millicent Fawcett, leader des Suffragists

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Rien ne se passe, et les médias semblent abandonner le sujet, jusqu’à l’arrivée des fameuses hooligans du Women’s Social and Political Union (WSPU). Puisque les marches pacifiques n’ont rien donnés, les Suffragettes vont plus loin, bien plus loin, pour faire parler d’elles et faire avancer leur cause. Leur premier acte de rébellion : leur nom. Elles adoptent ce terme, inventé par un journalist du Daily Mail (plus ça change) pour se moquer d’elles, et y ajoutent un « G » dur : les SuffraGUettes, c’est-à-dire celle qui vont « get » the vote.

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Une manifestation de Suffragettes à Londres, juin 1911

Certaines militantes, sous le nom de Women’s Tax Resistance League, décident tout simplement de ne plus payer leurs impôts. D’autres font preuve de créativité, comme Miss Solomon and Miss McLellan qui décident de se transformer en lettres humaines, et s’envoyent elles-mêmes à 10 Downing Street pour essayer de livre un message en personne au premier ministre. Ou Miss Muriel Matters, qui fait un tour en dirigeable pour mieux lancer des tracts sur Londres.

D’autres boycottent le 1911 Census, refusant de le remplir ou même restant dehors toute la nuit, car : ‘If women don’t count, neither shall they be counted.’ A la place de rester à la maison et d’être comptée dans le recensement, les Suffragettes font la fête dans des caravanes sur Wimbledon Common ou passent la nuit à faire du patin à roulette ; Emily Davison passa même la nuit cachée dans un placard de Westminster.

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Mesurez leur courage, dans une société où rien que le fait de prendre la parole ou de faire part de ses opinions est un acte transgressif. Le simple acte de vendre le journal de l’organisation est audacieux, comme l’explique l’actrice et militante Kitty Marion qui décrit la permière fois qu’elle vend le journal à Piccadilly Circus ainsi : ‘I felt as if every eye that looked at me was a dagger piercing me through and I wished the ground would open up and swallow me. However, that feeling wore off and I developed into quite a champion.’

 

 

Mais d’autres vont bien plus loin que de distribuer des journaux : sous les bannières violettes, blanches et vertes du WSPU, Christabel Pankhurst est aux manettes de ce qu’on appellerait aujourd’hui une organisation terroriste. Les Suffragettes lancent des pierres mais aussi des bombes au phosphore, détruisant des boîtes aux lettres mais aussi des écoles, mairies, gares et maisons vides.

 

“You have to make more noise than anybody else, you have to make yourself more obtrusive than anybody else, you have to fill all the papers more than anybody else. In fact you have to be there all the time and see that they do not snow you under if you are really going to get your reform realised,” dit Emmeline Pankhurst en 1913.

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Emmeline Pankhurst, Getty Images

Imaginez un beau jour de 1910, quand des centaines de femmes bien habillées se rendent au centre-ville de Londres, marchant vers Oxford Street et Bond Street, et sortant tout d’un coup de leur sac un marteau, pour casser toutes les vitrines sur leurs passage. Une action garantie de faire beaucoup de bruit, et la une des journaux le lendemain matin.

Évidemment, les Suffragettes s’en prennent plein la figure – y compris œufs et poissons pourris, courrier haineux, et rats jetés par leurs adversaires au milieu de meetings. Heureusement, nota l’une d’entre elle, Margaret Nevinson, leurs chapeaux à plumes et à large bord les protégeaient du plus gros des missiles et du poivre de Cayenne qu’on leur soufflait dessus.

Quant à la police et au gouvernement, ils répliquent avec des interventions de plus en plus brutales. Winston Churchill, le ministre de l’intérieur, ordonne qu’on “throw the women around from one to the other”. Le 18 novembre 1910, ou Black Friday, 300 venues manifester pacifiquement devant le parlement sont agressées, physiquement et sexuellement, par la police. Deux en meurent.

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Black Friday, 18 November 1910. Heritage Images Getty Image

Black Friday, 1910, Heritage Image/Getty

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Environ 1,000 Suffragettes ont été emprisonnées au UK. Beaucoup d’entre elles se mettent en grève de la faim et se font nourrir de force, subissant ce qui a été souvent décrit comme une « state-sponsored torture ». Cette sorte de viol (un long tube en plastique forcé dans la gorge, et parfois ailleurs) était d’une brutalité incroyable.

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Par exemple, Lilian Lenton, 21 ans, a survécu a un épisode de force-feeding durant lequel 9 gardes lui on inséré un tube de 45cm de long dans l’œsophage. Kitty Marion, celle qui trouvait le fait de vendre le journal dans la rue déjà difficile, s’est tellement endurcie qu’elle se fait nourrir de force 232 fois en quelques années, suppliant même un docteur de l’empoisoner pour mettre fin au supplice. Vous pouvez lire l’histoire de Sylvia Pankhurst ici.

Lady Constance Lytton, relâchée sans heurt car étant aristocrate, veut montrer le classisme de l’affaire. Elle se déguise en couturière, se fait arrêter, et puis nourrir de force plus de 8 fois de suite. “I felt as though I were being killed; ­absolute suffocation is the feeling. You can’t breathe yet you choke. Every second seems an hour and you think they will never finish pushing it down. Then the food is poured, and again you choke, and your whole body resists,’ explique-t-elle.

Cette pratique de force-feeding était très dangereuse, car elle risquait d’introduire de la nourriture dans les poumons et causer des pneumonies. Très peu de femmes l’ayant subie on retrouvé une bonne santé après les évènements. Et encore pire, le gouvernement introduit en 1913 le Cat and Mouse Act, une loi cruelle qui permet de relacher les suffragettes lorsqu’elles sont trop émaciées par leur grève de la faim, puis de les ramener en prison, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elles aient purger leur peine.

Évidemment, le WSPU ne se laisse pas faire, créant un groupe de 30 femmes chargées de la protection de ses militantes. Appellées le Bodyguard ou les Amazons, leur rôle était de protéger les fugitives et d’empêcher leur ré-arrestation ; elles étaient entraînées en secret par Edith Margaret Garrud, championne de jujitsu.

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Edith Margaret Garrud

La mort d’Emily Davison sous les caméras du Ebson Derby en juin 1913, alors qu’elle tentait on pense d’accrocher un drapeau des Sufragettes sur le cheval, est la culmination d’une décennie de confrontations qui ne semblent mener nulle part.

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Comme l’écrit cette femme dans le courrier des lecteur du Daily Telegraph : “Sir, Everyone seems to agree upon the necessity of putting a stop to Suffragist outrages; but no one seems certain how to do so. There are two, and only two, ways in which this can be done. Both will be effectual. 1. Kill every woman in the United Kingdom. 2. Give women the vote. Yours truly, Bertha Brewster.”

En fait, il y avait une troisième façon : entrer dans la Première Guerre Mondiale. La campagne des Suffragettes est suspendue en 1914 à l’arrivée du conflit. Dans tous les métiers, les Anglaises remplacent les hommes partis se faire tuer par milliers au front, et la guerre finie, rien n’est plus pareil ; impossible de refuser le droit de vote aux femmes qui ont prouvé leur force et leur valeur pendant toutes ces années et ont fait tourner le pays.

On laisse le mot de la fin à Alice Hawkins, une jeune cordonnière de Leicester emprisonnée 5 fois à Holloway pour ses activités de Suffragette, qui répétait à ses petits enfants: “You must use your vote, we suffered for it.”

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