Happy New Year

Petit billet pour vous souhaiter à tous une excellente année 2021. Les feux d’artifices officiels du nouvel an à Londres ont voulu apporter un message d’espoir, d’ouverture et d’amour (avec des clins d’oeil à l’UE, Captain Tom, Black Live Matters, et David Attenborough) – et c’est évident, Londres en aura bien besoin ces prochains mois…

Les 8 millions de Londoniens sont encore là, avec encore assez d’énergie pour fêter la nouvelle année. Mais sinon, il y a comme une impression déjà vu par ici: les écoles sont fermées, le numéro R est à plus de 2, et dans certains quartiers, il y a plus de 900 cas pour 100,000 personnes. En fait, selon les chiffres de la NHS, la situation est pire qu’en mars.

Comment la situation va-t-elle évoluer en 2021? Pas moyen de le prédire – mais il y a bien des chances que le gouvernement continue de se planter à chaque décision (ils ont été très consistants dans leur inconsistance jusqu’à présent). Une chose est sûre: entre le Covid et le Brexit, Londres ne sera plus jamais comme avant. Petit tour des changements en perspective:

Transports publics

Ces derniers mois je n’ai pris le bus que deux fois, et parce que je n’avais vraiment pas d’autre choix. Et la plupart des Londoniens font pareil: durant le lockdown, les trajets en métro ont baissé de 95% et les trajets en bus de 85%. Cela a doucement remonté cet été, pour mieux chuter à cause de la deuxième vague qui a commencé cet automne.

J’ai vraiment hâte de pouvoir reprendre le métro et l’overground comme si de rien n’était, mais est-ce réaliste de penser que Transport for London aura assez d’argent dans ses coffres pour continuer à offrir un service aussi étendu sans augmenter encore plus les prix, déjà exorbitants? Ne voulant pas voir les transports publics remplacés par des voitures, la mairie encourage piétons et cyclistes avec de nombreuses rues fermées aux automobilistes, jusqu’ici avec des résultats mitigés. Et aussi, est-ce la fin des Black Cabs? En ce moment, point de touristes ou businessmen pour les héler.

Pour ceux qui travaillent dans les bureaux, le Working From Home a pris le dessus aisément ici, où les banlieusards sont soulagés de ne plus devoir faire 4h de trajet par jour. Il y a fort à parier que cela va aussi permettre de transformer les centre villes en lieu un peu plus mixtes; fini les bureaux partout, peut-être qu’on va en transformer certains en appartement, ou lieux de loisirs?

Restos & cafés

Certains experts disent qu’environ 25% des cafés et restos de Londres ont déjà fermé, et qu’un autre 25% va fermer dans les prochaines semaines (à Londres, les marges sont très petites à cause des loyers exorbitants). De nombreux restaurants de quartier se sont reconvertis en épiceries et takeaway, offrant aussi des livraisons de kit à réchauffer à la maison – même les étoilés s’y sont mis – et cela va sans doute rester après la pandémie. Il y aura sans doute plus de terrasses (plus tentant pour les clients) et de street food (moins de risques au niveau du loyer). Pour se voir entre amis, une pizza au parc, avec une cannette de vin rouge peut-être?

Les professionnels parient sur une première moitié d’année difficile, suivie d’une seconde moitié battant tous les records. Tout le monde voudra aller boire un verre et diner en ville quand cette option sera enfin redevenue possible. Une chose est sûre, les restaurants du centre-ville sont en très grande difficulté, ceux des quartiers où les gens vivent vraiment, un peu moins. Peut-être est-ce une chance pour Londres de se renouveler, et de ne pas avoir les mêmes Prêt à Manger à tous les coins de rue? Peut-être que les prochains restos cools ne seront pas à Soho, mais en banlieue?

Culture

Grièvement touchés par la pandémie et le manque de touristes, les théâtres du West End ont rouverts très brièvement pour mieux refermer juste avant Noël – un manque à gagner énorme. Certains prédisent de nombreux spectacles en plein air, et évidemment, encore plus de spectacles rediffusés sur les écrans et de live stream payant pour attirer des spectateurs virtuels. Parmi les idées pour faire remonter les revenus? L’English National Opera vend des conversations avec les acteurs, des tours des coulisses ou des départements costumes etc. Et quand ils pourront ouvrir leurs portes, les théâtres offriront sans doute des matinées (spectacles le matin et l’après-midi) pour couvrir leurs frais puisque les salles devront être à moitié pleines pour être Covid-safe. Quant aux cinémas, je pense qu’ils vont retrouver des clients – mais seulement ceux qui offrent un truc en plus, comme des cocktails ou des fauteuils-canapés.

Environ 70% des petits musées sont inquiets pour leur avenir, certains comme le Royal Academy parlent de vendre certaines oeuvres pour se maintenir à flot, d’autres de se déclarer en faillite. Pour ce qui est des grands musées, la grande question est: vont-ils rester gratuits? Probablement pas. D’autres, comme le V&A, ont déjà annoncé qu’ils fermeraient leurs portes 2 jours par semaine jusqu’en 2022 pour faire des économies – peu importe leur taille, ces institutions vont mettre des années à se remettre de l’impact du Covid.

Malgré les efforts de la mairie, la situation est aussi critique au niveau de la musique, des clubs et des concerts. La scène musicale sera la dernière de toutes les industries à pouvoir réouvrir et être à nouveau dans le vert; NME dit qu’environ 64 des musiciens anglais considèrent un changement de carrière (beaucoup d’artistes et d’acteurs se sont retrouvés livreurs); les autres fuient Londres pour trouver des loyers abordables, ou s’envolent vers l’Europe pour pouvoir continuer à tourner un jour sans trop de paperasse. Quant aux boîtes de nuit, c’est l’hécatombe.

Rajoutez à cela le Brexit, et toute les conditions sont bonnes pour que Londres perde son titre de capitale européenne de la culture. Qui va l’usurper? Berlin peut-être? Ou bien Amsterdam?

Commerce

Cela fait des années que l’on prédit ici la fin de la “high street” ou rue commerçante. La pandémie n’a fait qu’accélérer le trait, avec de nombreuses grandes chaînes comme Debenhams ou Topshop s’ajoutant à la longue liste des victimes d’Amazon et des changements d’habitudes. Les magasins qui restent devront offrir des expériences uniques pour battre le shopping en ligne. Mais là encore, l’occasion se présente pour les petits indépendants voulant faire des pop-up ou des expos temporaires dans les espaces abandonnés par les grands groupes. Mais qui sait, on va peut-être avoir droit à des zones commerciales uniques à chaque villes, pleine d’authenticité et de créativité?

À noter que grâce au Brexit toutes les commandes de produits venant d’Europe (la majorité donc) seront sujettes à un passage en douane, ce qui laisse présager délais et erreurs sans fin puisque le gouvernement n’a pas encore mis en place de système pour cela (ils ont encore quelques mois mais bon vu leur passé…). Aura-t-on encore du camembert et des Petits filous? Mystère!

Politique

Le gouvernement de droite met des bâtons dans les roues du maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, à chaque fois qu’il peut. Mais nul n’est mieux placé que Boris Johnson, ancien maire de la capitale, pour connaître l’importance économique de Londres, qui correspond à 1/4 de l’économie du pays, et 1/3 des revenus des impôts. Il va donc être bien obligé de commencer à aider un peu la ville, s’il ne veut pas faire du Brexit un échec encore plus total.

De plus, Johnson parle beaucoup de “level up” le nord (le mettre au même niveau économique que le reste du pays) mais il y a également du travail de nivellement à faire à Londres, où le Covid a souligné les disparités socio-économiques comme jamais.

Les Londoniens

Et les Londoniens dans tout ça? Certains s’en vont, d’autre se mobilisent. Trois Londoniens sur cinq ont pensé à quitter la capitale pour toujours cette année (et 2 sur 5 sont partis habiter ailleurs – résidence secondaire, chez leurs parents etc. – pendant le lockdown). Une enquête du maire de Londres montre même que parmi les Londoniens souhaitant changer de domicile, la moitié espèrent déménager en dehors de la capitale.

D’autres, poussés par l’envie d’avoir un jardin, ou un espace vivable en confinement, ont déjà fait le pas. Les gens veulent de l’espace, et des parcs pas loin de chez eux, sinon ils s’en iront – de quoi pousser le maire à vraiment faire de Londres une National Park City, non?

Quant à ceux qui restent, beaucoup se mobilisent pour aider leurs voisins (livrer de la nourriture aux personnes âgées etc.). De nombreuses personnes ayant perdu leur travail sont tout de suite devenues volontaires dans les soupes populaires ou les organisations caritatives de quartier. La situation est telle que tout le monde veut “make a difference”, se sentir enfin utile et non impuissant face à tous ces changements.

One comment

  1. Merci pour ce post très intéressant sur la situation à Londres. J’avais eu la chance de pouvoir y passer 3 jours l’été dernier et j’ai passe mon temps à faire des comparaisons avec la situation à Paris. C’est vraiment dur pour tous les commerces qui ont besoin de clients quelque soit le secteur. Je vous souhaite tout de même une bonne (meilleure) année.

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